Pauline Bazignan

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Installation « Constellation » sur plaque d’Inox brossé , 2018

Exposition « A la fin du jour »
Galerie des jours de lune
ÉGLISE DES TRINITAIRES
Pauline Bazignan

La pratique de Pauline Bazignan s’incarne à travers un processus d’effacement et de retrait, une mise en œuvre résolument minimale de l’acte de peindre et de sculpter. Comme si la perspective sinon l’objectif, dès lors que les éléments et le dispositif sont en place, était que l’œuvre se génère elle-même — d’elle-même —, tel un mécanisme de gestation qui s’autoproduirait. L’acte constitutif est différé au terme du processus : de l’eau projetée à la surface des peintures les fait exister in fine ; les sculptures n’apparaissent que lorsque le feu les a brûlées. « Ce n’est pas vraiment moi qui fait les choses », indique Pauline Bazignan (1), davantage concernée par les phénomènes qui affectent les objets (leur apparition, leur disparition) que par les objets eux-mêmes. Elle précise :
« Au moment où s’effectue la disparition, la chose devient présente. » (2) Les œuvres naissent d’une réduction, d’une résurgence de la couleur et de la matière après leur absorption et leur élimination partielle. Subsiste une dépouille, caractéristique de l’utopie ultime du peintre et du sculpteur : susciter une œuvre par la seule force de son effacement et de son retrait. La fabrication se résume à son expression la plus rudimentaire : la surface du papier ou de la toile est couverte sans véritable souci de composition ; l’écorce d’une orange devient concrétion par évidement de la matière et son remplacement. C’est un des enjeux de la modernité : peindre ou sculpter sans affirmer l’omnipotence de la peinture et de la sculpture, imprégner la toile et en révéler la matière afin qu’elle manifeste une présence sans pour autant sur-jouer ce rôle. Peinture et sculpture deviennent traces, pour ainsi dire reproductions d’images de peintures et de sculptures. La pratique confine presque à un degré zéro de l’acte de peindre et de sculpter, comme s’il s’agissait de réaliser des œuvres sans recourir à une opération proprement picturale ou sculpturale. Le tableau et la sculpture sont autant la somme de leurs composants matériels que des éléments (substances et matières) qui leur ont été soustraits. La perfection serait qu’un seul geste, un seul coup de pinceau, une seule action sur la matière fasse exister l’œuvre. Ou encore : Comment ne pas peindre ? Comment ne pas sculpter ? Cette approche paradoxale éclaire différemment les relations entre dessin et couleur, forme et matière : le dessin comme expression estompée de la peinture, la forme comme état incertain de la matière. Sous ce jour, on ne peut pas considérer que les œuvres de Pauline Bazignan sont abstraites ou figuratives. Leur mode de conception, d’apparition, atténue la frontière entre ces notions. « En fait, je n’ai jamais vraiment voulu peindre de fleur, affirme-t-elle : c’était l’idée d’une fleur, plutôt l’idée d’une éclosion. Voir ou regarder éclore. » (3) Le déploiement du dispositif sensible prend volontiers le pas, non l’attente ou le désir d’une représentation. Le motif apparaît une fois qu’il a été pour une part effacé et révélé. Sa présence-absence est une soustraction, une allégorie fantomatique. Les dessins, les peintures, les sculptures sont des événements vraisemblables mais non spectaculaires. Leur effacement est aussi leur renaissance. L’émancipation de l’incertain a ici trouvé sa forme.

AC 2018/Exposition aux Trinitaires

(1) L’Atelier A, Arte Creative, 2017
(2) Extraits de Carnets, 2004-2005
(3) Ibid.

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